Première rencontre

 

Le voici donc arrivé, ce moment tant attendu de la rencontre avec votre futur enfant… mélange de joie, d’angoisse, d’inquiétude et d’espérance, un cocktail d’émotions bien stressant !

En règle générale on vous présentera plusieurs enfants (le nombre varie suivant les régions et les circonstances) soit dans le même orphelinat soit dans des orphelinats différents. A votre première visite, vous devrez tout d’abord vous présenter à la Directrice. La présentation des enfants peut se faire dans le bureau de la Directrice ou dans une pièce à part. En principe, lors de la présentation de l’enfant sont présentes aussi la psychologue et le médecin qui présentent le dossier social et médical de l’enfant. En général les dossiers sont lus intégralement. Vous avez de toute façon le droit de poser toutes les questions que vous souhaitez et si pour une quelconque raison le psychologue ou le médecin ne sont pas présents, vous avez tout à fait le droit de demander à les rencontrer à un moment donné de votre séjour. Mais en principe, les équipes des orphelinats sont coopératives et ne cherchent pas à cacher quoi que ce soit aux futurs adoptants.

 

Dossier social 

 

Le dossier social comporte les informations concernant les parents de l’enfant et les circonstances de la naissance et de l’abandon. Ces informations sont très variables d’un dossier à l’autre.

Il est très important de demander si tous les actes d’abandon de l’enfant ont été signés par tous les membres de la famille et si l’enfant est bien adoptable. Ceci permet d’éviter de voir surgir avant le jugement un membre de la famille réclamant la garde de l’enfant (ce qui s’est déjà produit).

Il est aussi très important de savoir si l’enfant a bien été déjà présenté deux fois à des familles russes, car ce n’est que dans ce cas que l’enfant peut être présenté à des adoptants étrangers, les russes étant prioritaires. Aujourd’hui, seuls les enfants inscrits depuis au moins 6 mois dans la banque de données fédérale peuvent être présentés aux étrangers.

 

Dossier médical

 

Il est toujours utile avant le premier voyage de rencontrer en France un pédiatre qui vous informera sur les maladies que vous risquez de rencontrer chez l’enfant et les questions incontournables à poser au médecin de l’orphelinat. Dans certains cas il peut être bien utile aussi de pouvoir contacter ce pédiatre depuis la Russie et prendre ses conseils en cas de problème médical sur le dossier de l’enfant qu’on vous présentera.

Les dossiers médicaux russes sont en principe très complets (voir « Santé de l’enfant »). N’hésitez pas à demander les mensurations disponibles de l’enfant depuis sa naissance (périmètre crânien, taille et poids) et à constituer vous-même les courbes de croissance du petit. Prévoir d'emporter avec soi des courbes vierges à remplir sur place ainsi que des courbes « types » sachant que les enfants vivant dans les orphelinats présentent presque toujours des courbes inférieures.La comparaison par rapport à la moyenne des enfants est importante mais également l’évolution de la courbe de l’enfant au cours du temps.

Après lecture des dossiers de l’enfant, on vous laissera en principe passer un moment avec lui pour nouer un premier contact. Ce sera à vous ensuite de décider si vous souhaitez revoir l’enfant pour mieux le connaître ou si vous préférez en rencontrer un autre. Ces rencontres sont souvent un moment difficile pour les adoptants car on dispose souvent de peu de temps pour prendre une décision. Si vous avez des doutes, n’hésitez pas à demander à revoir l’enfant plusieurs fois ou, au contraire, à rencontrer d’autres enfants que ceux qui vous sont proposés si vous sentez que le contact ne se fait pas. Même si c’est parfois extrêmement difficile, il faut savoir dire non et prendre plus de temps que prévu pour prendre une décision qui va engager votre vie et celle de l’enfant…

 

Les réactions des enfants

 

L’enfant, lors du tout premier contact, a parfois des réactions qui peuvent être déroutantes pour les adoptants : pleurs, indifférence, peur…il faut être conscient du fait que les enfants peuvent être déconcertés par une langue qu’ils ne comprennent pas, avec des tonalités qui leur sont étrangères, des comportements différents, et aussi la présence d’un homme lorsqu’il s’agit de couples d’adoptants. En effet, ces enfants vivent en permanence dans un univers essentiellement féminin et fermé, protégé du monde extérieur, ils ne sont pas habitués, notamment, à la présence des hommes (les seuls hommes qu’ils côtoient sont bien souvent les vigiles de l’orphelinat … !) et il leur faut un peu de temps pour s’habituer à vous.

Certains enfants sont très attachés à leur groupe qui constitue leur référence sociale et…familiale. Même si la rencontre se passe bien il se peut que l’enfant manifeste le désir de rejoindre son groupe (en se dirigeant vers la porte, par exemple), il ne faut pas y voir nécessairement une manifestation de rejet mais un besoin de se rassurer à travers ce qui constitue son univers quotidien. C’est pour cela qu’il est important d’emporter des jouets (même si l’orphelinat en prête) pour occuper au mieux l’enfant pendant le temps qu’il passera avec vous.

A côté de ces réactions assez fréquentes, d’autres comportements méritent une attention particulière et peuvent refléter des troubles psychologiques plus ou moins graves :

 

  • balancements persistants : c’est un comportement que l’on observe fréquemment chez les enfants ayant grandi en orphelinat et qui d’après les psychologues, sont le reflet de carences affectives. Ce comportement cesse normalement lorsque l’enfant est stimulé affectivement.
  • enfants aux regards fuyants ou bien agités, ne pouvant fixer leur attention
  • enfants trop familiers, s’attachant sans distinction aux personnes connues comme aux étrangers. Ce comportement peut révéler un déséquilibre affectif pouvant entraîner des troubles de l’attachement.

 

Pour en savoir un peu plus, vous pouvez vous référer aux chapitres « Santé de l’enfants » et au compte-rendu de la conférence du Docteur Chicoine (page d’accueil).

 

Petite liste des objets que vous pourrez emmener pour votre premier voyage

En dehors des jouets, vous pouvez aussi préparer diverses choses que vous laisserez à l’enfant que vous avez décidé d’adopter : un doudou (il peut être judicieux de l’acheter en double exemplaire, et d’en garder un à la maison en cas de perte), un album photo avec des photos de vous, votre famille, la maison… un appareil photo jetable que vous marquerez à son nom pour que les nounous le photographient en attendant votre retour…

 

La visite intermédiaire

Dans certaines régions de Russie, le délai d'attente entre la première visite et le jugement peut dépasser plusieurs mois. L'attente paraît alors bien longue et le désir de revoir l'enfant trop brièvement rencontré lors du premier voyage est souvent très fort. Certains adoptants décident alors de rendre visite à leur enfant avant le jugement lors d’une visite intermédiaire. Cette visite intermédiaire n'est en aucun cas obligatoire et ne se justifie que si l'attente du jugement excède plusieurs mois.

C'est un moment d'échanges réciproques où l'on apprend à se connaître. C'est aussi l'occasion de ramener photos et souvenirs qui rendront l'attente du jugement moins pénible.

Cette démarche fait l'objet de débats parmi les pédopsychiatres spécialistes de l'adoption quant aux conséquences psychologiques que pourrait entraîner le départ des parents en fin de visite. Chaque enfant est un cas particulier ainsi que le contexte de son adoption. Son âge, sa personnalité, les circonstances de l'abandon et les conditions de vie de l'enfant dans l'orphelinat vont probablement modifier la perception que l'enfant peut se faire de ses futurs parents lors de cette seconde rencontre, toujours brève.

C'est donc le départ, en fin de visite, de ceux qu'on lui a présenté comme étant ses parents qui est considéré par certains psychologues comme traumatisant pour l'enfant. Il y a un risque que ce départ soit vécu comme un second abandon. La confiance de l'enfant vis à vis de ses parents pourrait ainsi être affectée par cet "abandon" intermédiaire et peut rendre l'attachement plus difficile par la suite.

D'autres psychologues tempèrent toutefois l'importance du « traumatisme » que cette visite peut créer. Une psychologue d'un orphelinat russe nous a ainsi déclaré : "la seconde rencontre est vécue par l'enfant comme un moment très agréable, durant lequel toute l'attention des parents adoptifs se reporte sur l'enfant. Son manque d'affection s'en trouve provisoirement comblé. Pendant ces courtes visites, pour les jeunes enfants, les adultes seront surtout considérés comme des pourvoyeurs d'objets et de sensations agréables : petits cadeaux, câlins etc. qui sont toujours très appréciés. Les parents sont alors associés à cette amélioration des conditions de vie. L'attachement véritable et profond ne se produit qu'après plusieurs semaines, voire plusieurs mois. Le départ des parents adoptifs n'est pas vraiment vécu comme une rupture et les enfants se réinsèrent généralement sans trop de difficulté dans leur groupe en fin de visite".

Après le départ des futurs parents, au dire des nounous des orphelinats, les enfants sont toutefois plus exigeants et capricieux pendant quelques jours, car ils ont pris l'habitude d’être le centre d’attention. Leur attitude vis à vis des autres enfants change aussi : ils comprennent qu'ils ont été choisis et paraissent plus confiants et sûrs d'eux. On a constaté que cette prise de conscience d’avoir été « choisi » constitue souvent un facteur favorisant l’éveil et le développement de l’enfant.

Dans ce domaine, il n'y a donc pas de règle ni de comportement type. Les conséquences de la visite intermédiaire sont difficiles à évaluer sur le long terme, et laissées à l'appréciation de chacun. Le temps d'attente est de toute façon le paramètre le plus déterminant pour motiver une telle visite.

En outre on nous a rapporté que certains juges considèrent de façon positive cette visite intermédiaire (comme une preuve supplémentaire de l’attachement à l’enfant) mais on ne peut en aucun cas en tirer une règle générale. Cette visite peut apparaître à l’inverse comme « illégale » dans la mesure où le jugement n’a pas encore été rendu.

Le voyage intermédiaire est considéré comme une démarche privée et peut s'effectuer avec un visa touristique. Les facilitateurs organisent généralement les modalités des visites sur place en prévenant la direction des orphelinats à l'avance.