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Réunion APAER

Samedi 10 Décembre 2005

 

CONFERENCE-DEBAT DU DR FANNY COHEN-HERLEM, PSYCHIATRE ET D’ARMELLE GALIN, PSYCHOLOGUE CLINICIENNE A L’ASSOCIATION « ENTER L’ARBRE VERT »

 

"ADOPTION : QUESTIONS DE PARENTS, QUESTIONS D’ENFANTS"

 

Présentation de l’association « Enter l'Arbre Vert », structure d'accueil et d'écoute pour les enfants adoptés et les parents adoptants, créée en 2001, à Paris, par des professionnels.

La parentalité adoptive, si elle a beaucoup de points communs avec la parentalité biologique, a aussi des spécificités. « Enter- l’Arbre Vert », lieu de soutien et d’accompagnement à la parentalité et filiation adoptives, propose un accueil parents-enfants espace de jeu et de paroles animé par deux psychologues cliniciennes, des entretiens individuels ou familiaux avec des pédopsychiatres sur rendez-vous, des groupes de parole pour les parents et futurs parents ainsi que des conférences. (plus d’informations sur le site : http://www.enter-arbrevert.fr)

 

Présentation des intervenantes : Fanny Cohen-Herlem est pédopsychiatre ; depuis septembre 2005, elle est le Médecin directeur de l'association « Enter l'Arbre Vert ». Armelle Galin est psychologue clinicienne à « Enter- l’Arbre Vert ».

 

L’éthique dans l’adoption

Fanny Cohen-Herlem : Qu’est-ce que l’éthique dans l’adoption ? Pour qu’il y ait adoption, il faut qu’il y ait abandon d’enfant et que l’ adoptabilité légale et psychosociale de l’enfant ait été vérifiée. L’adoption internationale est subsidiaire à l’adoption nationale, c’est-à-dire que l’on doit rechercher pour un enfant d’abord une famille dans son pays de naissance, et si on ne trouve pas, alors seulement et ensuite l’enfant peut être confié à l’adoption internationale. Le consentement des parents biologiques doit être éclairé et matérialisé par un écrit.

L’éthique enjoint de respecter les règles du pays d’origine et celle du pays d’accueil et de ne pas laisser la porte ouverte à des pratiques qui ne seraient ni claires et ni officielles.

C’est ainsi que l’on recherche une famille dans laquelle l’enfant pourra grandir physiquement et psychiquement. Autrement dit, il n’y a pas d’enfants à tout prix.. Or, quand on part à l’étranger et qu’on est très désireux d’un enfant, on peut être très fragilisé et faire l’objet de sollicitations diverses. A l’Arbre Vert nous nous rendons compte que, quand les choses n’ont pas été claires dans la démarche, cela devient très compliqué pour les parents, mais encore plus pour les enfants.

Intervention de la salle : Ce sont des questions qu’on se pose tous quand on adopte, et même maintenant quand je regarde ma fille. Ce qui compte pour moi, c’est son histoire et le fait de pouvoir lui en parler clairement.

Question de la salle : En allant adopter à l’étranger, on dépense une certaine somme. Quelle est la perception que doit avoir l’enfant par rapport à cette dépense.

F. C.-H. : La question de « l’argent dans l’adoption » me paraît pouvoir être facilement évoquée, quand cela est nécessaire, que ce soit à la suite d’une demande des enfants ou d’autres adultes. Les parents savent bien, en principe, à quoi et à qui étaient destinées les sommes qu’ils ont versées ! Si tout a été simple et clair, ils peuvent en rendre compte sans souci !

Mais peut être que pour l’enfant, se pose aussi et ainsi la question de « sa valeur » aux yeux de ses parents, et cela est une autre histoire, qui demande à être prise en considération !

 

Quelle place pour les parents de naissance ?

F. C.-H. : Qui donne une place aux parents de naissance ? L’enfant lui- même ? Ses parents adoptifs ?Au fond, à quoi cela nous renvoie-t-il ? A ce qui est vrai pour chacun d’entre nous. A savoir que nous sommes tous nés de la rencontre d’un homme et d’une femme, d’une rencontre dont on ne saura jamais rien. Les parents de naissance, ce sont des personnes qui se sont rencontrées un jour, on ne sait pas dans quelles circonstances, on ne sait pas ce qui s’est passé entre elles. On croît savoir quelque chose de cette rencontre et des raisons de l’abandon. Mais, en fait, ce qu’on en sait, c’est un récit raconté par une personne, à une autre personne qui l’écoute, à travers le filtre de sa propre histoire et de ses présupposés…avec tout ce que cela sous-entend quand on connaît la fragilité du témoignage humain.

 

Est-ce qu’il faut garder un lien avec eux pour le jour où l’enfant voudrait les contacter ?

Ce n’est pas une question simple !

Peut-être faut-il, en premier se rappeler que dans l’adoption plénière, les liens avec la famille de naissance sont juridiquement coupés.

Ensuite, vient une autre question : « comment peut-on se sentir parents quand on sait qu’il y en a eu deux autres ? » Deux autres dont on ne sait, en principe, pas où ils sont ? Or, d’une certaine façon, c’est grâce à ces parents de naissance qu’on devient soi-même parents. Et les parents, inconsciemment se sentent en dette vis à vis d’eux.

Quelle place on va laisser à ces parents ? Comment va t-on en parler aux enfants ? On ne va pas pouvoir les dévaloriser en disant des horreurs parce que pour l’enfant cela serait beaucoup trop violent. On ne va pas non plus les valoriser parce que sinon il ne va rien comprendre et pour soi ce serait difficile. Peut-être qu’au fond, l’histoire des parents de naissance, comme toujours dans les histoires de parentalité, quel que soit le mode par lequel on a des enfants, est revisitée en fonction de sa propre histoire : comment ont été nos propres parents, quelle relation avons-nous eu avec eux ? Quelle place leur donnons-nous ?

 

Le plus souvent, le regard que l’on porte sur l’enfant est influencé par ce que l’on sait de son histoire et de ses parents.

Quand on sait qu’il y a eu des histoires extrêmement malheureuses, cela peut influencer le regard que l’on porte sur cet enfant qui est devenu le nôtre en fonction dont cette histoire fait écho en nous..

 

Du côté des enfants, il y a aussi des questions : qui c’était ? Où ils sont ? Pourquoi m’ont-ils abandonné ? Est-ce que je peux les voir ? Et de qui je suis l’enfant ? On a vu parfois des parents qui donnaient une place tellement importante aux parents de naissance et qui disaient à leur enfant : « toi tu as quatre parents ! »

Quand l’enfant pose des questions, on peut avoir l’illusion que donner un nom ou montrer le dossier, cela va suffire. Or, on sait bien que c’est beaucoup plus compliqué que cela. Que même les retrouvailles avec les parents biologiques, quand elles ont parfois lieu, ne résolvent pas tous les problèmes.

Et puis, il paraît important de se rappeler qu’en effet, par rapport à cette place qu’on leur donne, la filiation c’est aussi : comment naît un enfant dans une famille adoptive ? C’est-à-dire comment il a été pensé, imaginé, rêvé, désiré par ses parents, même s’ils ne savaient pas que ce serait cet enfant-là. Un peu comme un enfant à qui on a donné naissance, on l’a pensé, imaginé, mais on ne savait pas que c’était lui ou elle qui allait arriver. C’est quelque chose du même ordre avec à l’origine, un abandon à inclure dans son histoire. L’histoire d’un enfant, ça se construit comme ça au fur et à mesure. Il construit son identité avec vous, votre histoire personnelle et familiale, avec cet abandon, ses parents de naissance, son histoire à lui, d’avant son abandon et avant son adoption. Cela va se tricoter avec des trous par ci par là quand on ignore des choses, mais cela va finir par se faire.

 

Question de la salle : Pouvez-vous préciser quand vous dites que notre regard sur l’enfant peut être influencé par ce que l’on sait de ses parents de naissance ?

Armelle Galin : Je pense à l’exemple d’une maman et de son petit garçon, adopté à l’âge de quelques mois, qui fréquentaient l’accueil parents-enfants. Les difficultés de l’enfant, qui souffrait d’un manque de confiance en lui, étaient perçues essentiellement, voire exclusivement, à travers le prisme de ce que la maman avait pu savoir de la grossesse de la mère biologique, et plus exactement d’un déni de grossesse. La maman était focalisée sur cette donnée de départ, elle ne pouvait rien voir d’autre pendant un certain temps. Au fil des mois, nous avons pu progressivement amener cette maman à prendre conscience que ce qu’elle voyait là - le déni de grossesse- ce qui la regardait là, elle, personnellement, en tant que femme n’ayant pas pu porter d’enfant dans son ventre, l’empêchait de penser les difficultés de son fils autrement. Un élément de l’histoire de son fils venait faire écho à sa propre histoire, il y avait là une sorte de téléscopage qui paralysait sa pensée. Ainsi le regard que les parents portent sur leur enfant va être coloré par ce qu’ils savent de son histoire mais aussi par ce que cela va réactiver chez eux de leur propre histoire.

 

Dans les questions ou difficultés des enfants, il y a ce que l’enfant interroge et ce qui interroge les parents.

 

Il est important que les parents ne restent pas seuls face à leurs questionnement ou difficultés, il existe, en effet, des lieux de soutien à la parentalité, où des professionnels sont là pour réfléchir avec eux et les aider à trouver des réponses qui leur conviennent

 

F. C.-H. : Par exemple, quand on sait qu’il y a eu maltraitance, on peut penser que les actes de l’enfant sont directement en relation avec cette maltraitance. Par rapport aux questions des enfants ou à leurs souffrances, on aurait tendance à se dire que c’est parce que l’enfant a souffert qu’il manifeste ça, en oubliant que c’est un enfant qui vit ici et maintenant avec soi et que c’est peut-être juste là qu’il y a quelque chose de difficile et que cela ne va pas forcément se référer au passé. Autrement dit, il faut arriver à laisser à l’histoire, sa juste place et ne pas tout regarder/observer à travers ce filtre là. Sinon, les parents s’empêchent de considérer ce qui est en jeu au moment ou quelque chose se passe.

 

Intervention de la salle : Mon fils a 3 ans et demi. Je me disais que ça allait être très simple avec lui. Je pensais qu’il allait me poser des questions et que je lui répondrais. Et bien sûr, il ne me pose pas de questions ! Ou alors ce sont des questions détournées. En ce moment, il joue au bébé chat qui a perdu sa maman chat et son papa chat. Il me lance des appels mais je ne sais pas comment y répondre. Je ne trouve pas cela facile.

F. C.-H. : Il est donc, si je vous comprend, en train de s’interroger, sur son « abandon ». Peut-être faut-il lui parler du chat : « qu’est ce qui se passe avec ce chat ? » Les enfants aiment beaucoup les histoires. Et quand on est parents, on adore raconter des histoires en principe. On peut raconter des histoires de chats !

A.G. : De nombreuses mamans viennent à l’association et nous disent qu’elles s’étaient préparées à ces questions et qu’elles sont un peu en difficulté parce qu’elles pensaient avoir déjà tout expliqué à leur enfant de son histoire. Certaines se demandent si le fait de parler de l’abandon et de l’adoption ne va pas blesser l’enfant. S’il ne va pas moins l’aimer parce qu’elle lui aura expliqué qu’il n’était pas dans son ventre. Des mères se questionnent sur la façon de nommer la mère de naissance ; d doivent-elles l’appeler « une dame », « la femme qui t’a porté dans son ventre », « ta maman de naissance »… nous ne répondons pas directement à cette question mais pouvons réfléchir avec elles sur ce qui leur pose problème et qui soulève bien d’autres questions …

Dans ces questions apparaît en filigrane la blessure de l’abandon de l’enfant qui vient faire écho à la blessure chez les mères de ne pas avoir pu porter d’enfant dans leur ventre. A la peur de blesser l’enfant correspond donc la peur chez certaines mères de réveiller une blessure en elles, et ceci peut parfois expliquer la réticence ou la difficulté à parler à l’enfant de son adoption.

 

 

Il n’y a pas une façon unique de présenter l’histoire de l’adoption mais à chaque parent de trouver les mots pour dire cette histoire, des mots qui leur conviennent et qui soient adaptés à la compréhension de l’enfant.

 

 

F.C.-H. : Nous en sommes donc à parler des « origines », quand et comment en parler ?

Ce que disent les parents fait son chemin dans l’esprit de l’enfant. C’est important d’arriver à se préparer mais de toute façon la question intervient rarement au moment où l’on s’y attend… !

Mais les parents doivent aussi se demander pourquoi ils imaginent que l’enfant va poser cette question ? A quoi cela les renvoie t-il en tant qu’adulte ?

 

Pourquoi faudrait-il tout dire ? Qu’attend-on d’une telle révélation ? est-ce qu’on pense que ça va servir à quelque chose pour soi et l’enfant ? Le tout dire est un leurre, un rêve, et ça peut aussi être très violent.

Les parents peuvent parfois vouloir se « décharger » en disant « tout » ce qu’ils savent. Or, . tout n’est pas bon à dire sans que ce soit pour autant un secret. Il faut aussi respecter les non questions de l’enfant et ne pas forcément les anticiper. Parfois l’enfant n’a pas envie de savoir.

Il y a des choses qui concernent les parents et des choses qui concernent les enfants.

Même dans le cas d’enfant bio on ne dit pas « tout » aux enfants.

Il n’y a pas une façon exemplaire de faire, il y a une histoire particulière pour chaque enfant, l’important est de se sentir bien avec l’histoire qu’on va raconter.

L’enfant ne fait pas vraiment toujours la différence entre le géniteur et le parent et on s’aperçoit souvent que l’enfant interroge surtout pour savoir comment le parent pense à lui, comment les parents ont pensé/rêvé son arrivée dans sa famille adoptive, comment et combien ils l’ont désiré et attendu. C’est aussi de cette façon là qu’il entre dans leur filiation.

Et puis, dire ou raconter une fois ne suffira pas en général. L’enfant est, le plus souvent amené à reposer les questions, plus tard, en fonction de son âge, de là où il en est de son développement psychique et affectif.

Et quand on ne sait, rien, ce qui peut arriver, le plus « simple » est de le dire et de faire confiance à l’enfant sur sa capacité à faire quelque chose de ce « rien ».

 

Les enfants trouvent souvent des façons de nommer tout seuls leur mère biologique ; le nom que les parents donnent correspond à eux et a leur propre histoire, c’est une donc une question très personnelle à laquelle chacun a sa réponse..

L’essentiel c’est que le parent se sente bien avec ce qu’il raconte à l’enfant.

Derrière les questions des enfants il peut y avoir d’autres questions, notamment sur la confiance que l’enfant peut placer en ses parents adoptifs.

 

Les difficultés possibles au moment de l’arrivée de l’enfant :

F. C.-H. : Quelles sont ces difficultés :

- quand ce n’est pas l’amour fou tout de suite,

- l’enfant va vers tout le monde et pas vers le parent,

- il refuse tout contact,

- il se réveille toutes les nuits, pleure, ne mange pas,

- à cela peuvent s’ajouter des problèmes de santé non décelés

et bien d’autres encore dont je ne ferai pas la liste !

La première chose dont il faudrait se souvenir, c’est que les enfants adoptés, sont d’abord des enfants, et comme tels, ils traversent des moments difficiles dans leur développement.Ce sont des difficultés normales.

Les parents ont développé une représentation imaginaire de l’enfant avant son arrivée. et, bien sûr il y a des différences entre l’enfant qu’ils ont dans la tête et l’enfant qui arrive. Ils doivent être tolérants, patients, attentionnés et ne pas trop être en attente de manifestations d’amour . L’enfant doit pouvoir manifester son désarroi ou son plaisir, l’excitation peut être une manifestation de plaisir, ou d’anxiété l’enfant est débordé par des sentiments qu’il n’a pas encore les moyens de contrôler.. Un enfant agité n’est pas forcément hyperactif,

 

De plus les enfants ne sont pas toujours préparés à l’adoption, à la vie familiale, ils n’ont pas l’habitude d’être embrassés, qu’on s’occupe d’eux, ils n’ont pas eu les mêmes règles de vie, ils ne savent pas toujours ce que c’est qu’un papa et une maman. Ce qui rend la rencontre difficile c’est le changement de vie.

 

Il faut laisser aux enfants le temps d’apprivoiser l’inconnu, les lieux, les personnes, de s’imprégner des modes de vie, d’aller à l’école… il faut que les enfants s’imprègnent d’un nouveau mode de vie, dans une maison et non plus une collectivité. Ces enfants n’ont souvent pas de problème majeur avec la vie en collectivité (crèche, école…)quand ils ont vécu en orphelinat. , La nouveauté, et donc la difficulté, vient des liens interrelationnels, car ce qui est nouveau c’est la relation avec un ou deux parents seuls, avec des adultes seuls.

Il faut aussi accepter et comprendre les différences de niveau de développement de l’enfant, liés à la vie en orphelinat, par rapport à son âge réel, car les enfants ont souvent manqué de stimulation et d’une relation continue aimante et soutenante.

 

Certains enfants vont plus facilement vers des étrangers que vers leurs parents adoptifs. Il faut parfois y voir un test: « va-t-on venir me chercher ou va-t-on me laisser (une fois de plus…) » ? cette attitude est pour l’enfant une façon de se rassurer et vérifier que ses parents vont toujours venir le chercher et qu’il peut leur faire confiance.

Cela peut correspondre aussi, pour l’enfant, à une expérimentation de liens qu’il pourrait créer, lui-même avec d’autres. Sera t-il rejeté ou accueilli ?

 

Il est enfin important de faire la part entre ce qui vient de l’enfant et ce qui vient de soi.Ce qui est un problème pour le parent ne l’est pas forcément pour l’enfant.

Les questions des parents adoptifs : « est-ce que je me suis trompé, est-ce le bon enfant.. ? », sont des questions douloureuses, certes mais fréquentes car, quand tout ne se passe pas bien d’emblée, les parents peuvent avoir tendance à tout remettre en question. Or, il faut du temps et de la patience pour devenir parents, devenir parent de cet enfant là, et pour l’enfant, de devenir l’enfant de ces parents là !

 

Question de la salle sur les modes de garde

En ce qui concerne les choix de garde de l’enfant (nounous, assistante maternelle…) la réponse est que l’essentiel est d’être en accord avec les décisions qu’on prend mais aussi qu’il ne faut pas trop en demander aux enfants, dont on sollicite déjà beaucoup les capacités d’adaptation. Il faut être attentif également au fait qu’une bonne adaptation apparente de l’enfant peut parfois être superficielle et cacher une souffrance intérieure.

Les enfants et les parents ont besoin de temps pour s’adapter les uns aux autres.

Une personne pose une question sur le système de garde et la question de l’attachement à la nounou.

F. C.-H. : Si cette question pose problème, il vaut mieux choisir un autre mode de garde.

 

A. G. : Les troubles du sommeil et de l’endormissement sont fréquents. Il est important d’avoir en tête que l’enfant adopté lorsqu’il arrive dans sa famille a perdu tous ses repères, son environnement familier, ses habitudes et doit s’adapter soudainement à un cadre de vie qui lui est tout a fait étranger. La plupart du temps, l’enfant se retrouve seul dans sa chambre alors que jusqu’ici, en collectivité (orphelinat, pouponnière), il dormait avec d’autres enfants, parfois à plusieurs dans un même lit. Le moment du coucher peut être difficile dès l’arrivée de l’enfant mais les difficultés d’endormissement ou sommeil peuvent survenir plus tard. Les enfants peuvent manifester différents comportements : agitation, pleurs, colère ou crise de larmes, …au moment du coucher qui marquent leur difficulté à se séparer et l’angoisse plus ou moins importante qui y est rattachée .

Il faut une certaine sécurité intérieure pour se séparer, se laisser aller dans le sommeil, vers l’inconnu de la nuit…Cette tranquilité et confiance intérieures ne s’acquièrent pas du jour au lendemain. Il faut du temps pour cela, un temps plus ou moins long selon l’enfant, son histoire, son vécu, la façon dont les parents vont réagir, vont pouvoir s’adapter à ses besoins selon la façon dont les liens affectifs vont s’établir entre l’enfant et sa famille...Cela nécessite de la part des parents beaucoup de patience et une certaine confiance en l’avenir, en leurs capacités parentales et en leur enfant. .

 

Intervention de la salle : mon enfant a mis 18 mois à dormir seul.

F. C.-H. : Si l’on peut comprendre que ce soit nécessaire un temps, à un moment donné, il me semble qu’il faut faire entendre aux enfants que les parents ont besoin de se retrouver tous les deux, à condition, bien entendu, que les parents en aient le désir !

 

La souffrance de l’enfant adopté

F. C.-H. : De quoi souffre l’enfant ? Du passé, du présent, de la rupture entre passé et présent ?.

Les parents doivent se représenter ce dont ont besoin les enfants : de parents qui assurent une stabilité, une relation sécure avec les mots (pas seulement au niveau matériel). Il faut un « accordage » entre parent et enfant et cela se fait de manière progressive.

 

L’abandon est une blessure et une blessure laisse des cicatrices. La blessure de l’abandon peut ainsi être ravivée au moment de l’endormissement.

Si l’abandon est fait sans accompagnement de mots, cela est difficile pour l’enfant (il a l’impression qu’on l’a laissé « choir »). Il est donc important de mettre des mots sur son histoire.

Quand les choses ont été difficiles, les fragilités peuvent être ravivées au moment d’évènements impliquant des séparations, déménagements, séparations amoureuses…La mise à la crèche peut aussi être vécue comme un abandon supplémentaire.

 

La discontinuité des soins (un enfant qui passe par exemple de sa famille biologique à un orphelinat puis à une famille d’accueil…) rend les enfants peu sûrs d’eux-mêmes, il leur est alors difficile de faire confiance aux autres.

 

Les difficultés d’adaptation à l’école viennent du décalage entre ce qu’on lui demande et ce qu’il sait faire, cela entraîne une souffrance. La maturité psycho-affective de ces enfants est souvent inférieure à leur âge réel et elle varie beaucoup selon les enfants.

 

La souffrance d’un enfant adopté est due aux changements radicaux de vie : nom, nourriture, odeurs, relations… Il va devoir rompre avec tout ce quoi il était habitué auparavant.

 

La souffrance des enfants réveille certaines choses chez les parents et entraîne également une souffrance des parents. Celle-ci est positive car elle permet de s’identifier à l’enfant. Mais il est important de s’en détacher, d’être avec lui mais pas dans une relation « fusionnelle ».

Cette souffrance se révèle par de multiples symptômes.

Les parents doivent être tolérants, patients, effectuer un retour sur soi et faire appel aux professionnels si besoin est. Ils doivent aussi comprendre que les périodes de régression de l’enfant sont normales. La régression fait aussi du bien aux parents qui peuvent ainsi vivre avec leur enfant des moments de « tout petit » qu’il avait passé sans eux…

 

A.G. : Nous avons pu observer au sein de l’accueil parents-enfants de l’Arbre Vert que certains enfants ne peuvent pas jouer au jeu de cache-cache avant un certain âge, ce dernier étant différent pour chaque enfant et lié à son développement psycho-affectif.

En effet, être hors de la vue du parent peut générer une telle angoisse chez l’enfant que le jeu n’est alors pas possible. Si perdre de vue le parent équivaut à le perdre et à être perdu, il n’y a pas de jeu possible. Les enfants ont besoin dans un premier temps d’être rapidement découverts, il ne restent pas plus de cinq secondes dans leur cachette, remuent activement, font du bruit, manifestent leur impatience d’être retrouvés, et de retrouver l’autre. Lorsque cela tarde trop, le niveau d’angoisse monte, les submerge, ils sortent alors de leur cachette, soulagés et tant pis pour le jeu (ce n’est d’ailleurs plus un jeu pour eux !)! Les enfants ont besoin de faire suffisamment de fois l’expérience de la disparition/réapparition, de savoir qu’ils retrouvent à chaque fois leur parent pour pouvoir jouer à ce jeu. Il faut un certain temps donc pour qu’ils puissent éprouver un vrai plaisir aux disparitions et retrouvailles . Cela devient possible lorsqu’ils ont intégré quelque chose de la permanence du parent, lorsqu’ils savent que la disparition du parent est toujours suivie de sa réapparition. Ils peuvent alors se représenter intérieurement le parent qui est hors de vue et ainsi attendre tranquillement d’être trouvés.

On observe qu’ils prennent alors vraiment plaisir au jeu du cache-cache, deviennent à même de changer de cachette….

 

F. C.-H. : La plupart du temps, les choses évoluent bien. C’est le concept de résilience popularisé par Boris Cyrulnik.

Questions de la salle : Une personne indique que la mère biologique de son enfant est très malade et qu’elle craint que lorsque l’enfant sera en âge de poser des questions sur ses origines, celle-ci sera décédée. Elle se demande comment il faudra aborder le sujet.

F. C.-H. : Vous n’aurez probablement aucun moyen de savoir si la mère biologique est vivante ou non, cela risque, semble t-il d’être difficile pour vous d’être dans cette incertitude mais vous, ; comme lui vous aurez à « vous débrouiller » avec cette histoire. Nous pourrions en parler plus pour mieux comprendre mais ce n’est guère possible dans une conférence car cela prendrait du temps…

 

Une personne demande des éclaircissements sur un propos du Docteur Fanny Cohen-Herlem, celui de prendre du temps avec son enfant.

F. C.-H. : Il est en effet important de le faire pour réussir l’ « accordage » entre parents et enfant. C’est un temps à s’offrir à soi-même pour se découvrir en temps que parents.

 

Une personne pose une question sur la cohérence entre démarche de parrainage et démarche d’adoption.

F. C.-H. : La question est complexe. Il n’est pas question de se défausser mais il est difficile d’y répondre sans réflexion. Je vous invite à venir en parler ultérieurement, si vous le souhaitez.

 

Une personne souhaite apporter un témoignage par rapport au propos du docteur sur le fait que l’histoire de l’adoption est personnelle et appartient aux parents et à l’enfant. Elle indique ainsi que lors de l’entrée de son enfant à la maternelle, elle n’a pas mentionné que son enfant était adopté. Elle précise que cette décision a été prise après discussion avec l’assistante sociale chargée du suivi de son enfant.

F.C.HC’est vraiment le type de décision qui appartient pleinement aux parents.

 

 

 

 

 

Bibliographie

 

# L'adoption : comment répondre aux questions des enfants", éditions Pascal, 2005